Je dois me résoudre à l’idée que je ne travaillerais plus jamais, ou alors en repartant de zéro, ce qui n’est pas si évident à mon âge. François est en train de le faire, ce qui inclut une formation d’un an et demi. Il faut du courage et de la patience. Il s’est déjà planté une fois, et n’a plus droit à l’erreur. Il a pris de la distance avec beaucoup de gens, ne fume plus du tout de shit depuis un an et demi, ce qui n’était pas évident au départ vu qu’on est entourés de fumeurs plus ou moins occasionnels. De buveurs idem. De gens qui s’envoient leur petit cachet tous les soirs, cautionnés par leur médecin, inconscients de la dépendance que ça entraîne pour eux et de la tentation pour ceux qui cachent un démon dans le placard de leur passé.

J’aurais bien aimé pouvoir compter sur mon amitié avec Nath pour démarrer une expérience commune d’auxiliaire de vie, mais elle risque d’en avoir pour des mois avant de se rétablir, si elle se rétablit, et avoir besoin d’avoir une auxiliaire de vie au lieu de l’être pour les autres. Je ne suis même pas capable d’assurer ma présence pour elle, et je culpabilise.

Même si ça ne sert à rien.

C’est comme ça.

On fait des choses parce qu’il faut les faire, pas par plaisir, juste par nécessité. Que de temps perdu à combler les trous et les vides dans une existence banale, quand le chagrin vous submerge. Quand ce temps perdu vous noue les tripes, mais il faut bien continuer, « il faut... », « je dois... », en vérité, on a juste le temps perdu qui pèse dans la balance d’une justice aveugle et sourde, en attendant une fin inéluctable, parfois redoutée, parfois désirée, parfois parce qu’il faut bien faire avec, parce que c’est comme ça. On n’a pas le choix. Ou on laisse ce choix aux dieux ou au destin, le passage du temps se charge inévitablement du reste.