Mon fournisseur d'énergie va me couper mon alimentation d'ici quelques jours, je n'ose pas en parler à mon père, qui n'a pas de gros moyens, mais je veux pas qu'il se sente obligé de payer. Mais je dois avouer que ça m'enlèverais une énorme épine du pied. Il a déjà fait tellement pour moi, je culpabilise de me retrouver dans la peau du demandeur pour la énième fois. De toutes façon, rien ne dit qu'il accepterait. Il a sa vie et je ne suis qu'un trouble fête.

J'ai eu Nova au téléphone, toujours très motivé et ambitieux. Pour l'instant il fait une passerelle (c'est une remise à niveau), il se voit emmancher sur un CAP, puis BEP, bac pro et BTS en gestion des espaces verts. Il en a pour quelques années, mais je ne l'avais jamais vu aussi motivé pour quoi que ce soit, à part faire de l'argent. Mais ça, c'est toujours d'actualité.

Il est tombé sur un patron qui est d'accord pour le prendre en CDD pour juillet aout, et en apprentissage par la suite. La chance tourne en sa faveur. Mais il doit assurer, pas de défonce, pas d'agression, d'injures, d'insultes etc...

C'est probablement ça qui sera le plus difficile pour lui, il s'énerve vite et ne parvient pas toujours à gérer ses émotions. J'espère qu'il ne tombera pas sur des enfoirés qui le feraient disjoncter.

C'est le principal soucis selon moi.

Ce matin, j'ai émergé vers 9:00, ce qui est tard selon mes habitudes, et soulagé d'un énorme poids : j'étais enfin seul ! Pas de Jf ou de Pp à l'horizon. Ils sont tous partis hier soir. J'ai aidé Jf à porter ses affaires, il est à la rue, il y a encore une partie de ses affaires chez moi ( il y en avait un bon paquet, il ne pouvait pas prendre tout d'un coup), Pp aussi a des affaires. Mais je ne veux plus personne qui dorme chez moi. Plus de bruits, de mauvaises odeurs (Jf sniffait de l'alcool à brûler, une vraie puanteur en plus de griller les neurones, ça perturbait beaucoup mon voisin d'en face, qui pourtant est une crème).

Il m'a fallu trois jours à insister pour obtenir d'eux qu'ils partent, mais j'étais vraiment déterminé. Vous comprendrez que je ne tiens pas à les voir revenir, à part pour récupérer leurs affaires. Et même ça, ça m'emmerde, je suis à saturation, je ne veux plus les voir. Mais je ne m'attendais pas au sentiment de bonheur qui m'a envahi en voyant que j'étais seul. C'est la cerise sur le gâteau.

Je vais pouvoir me balader en tutu rose (ou à poil, rien ne m'en empêche) sans que personne ne s'en plaigne. Bon, je ne vais pas le faire, rassurez vous, je n'ai pas grillé mon dernier fusible, mais je pourrais.

Ce sentiment de liberté retrouvée est vraiment puissant, je n'en reviens toujours pas à avoir réussi à les faire partir. Et tout ça s'est passé dans le calme, pas d'énervement ni rien de ce genre. J'ai même ménagé Jf, en faisant ses sacs et en l'aidant à porter ses affaires jusque derrière des buissons. Sa propre mère ne veut plus lui ouvrir, c'est dire jusqu'où ça peut aller. Nova a eu le même genre de problèmes durant sa longue adolescence (je ne pense pas qu'elle soit terminée, bien qu'il ai 22 ans, je parle de son comportements) et s'est fait dégagé plusieurs fois par sa mère et son beau-père, mais ils l'ont repris à chaque fois. Sa mère à un petit logement qui sert de studio à Nova. Pour l'instant ça a l'air de bien se passer, sauf hier soir ou il était bourré et sa mère l'a immédiatement grillé, ça s'entendait au téléphone, voix pâteuse, difficultés à articuler etc... Petite prise de bec sans conséquences fâcheuses.

Sonnerie de l'interphone à 13:15, c'est JF, ça n'aura pas duré longtemps avant qu'il ne se repointe. Il est frigorifié, on a des nuits froides en ce moment, et il neige. Je vais le laisser se réchauffer, tenter de lui faire comprendre qu'il doit s'habiller davantage, et lui dire de partir d'ici 16:00 environ.

J'ai beaucoup de mal à comprendre ce qu'il dit, il parle d'une voix rauque et basse, sans articuler, tête baissée qui m'empêche de lire sur ses lèvre, bref, 9 fois sur dix je ne comprends rien et j'en ai marre de faire répéter, donc je laisse tomber, incompréhension. Il s'est déjà endormi sur le canapé, je n'ai jamais quelqu'un dormir autant, peut-être est-ce sa cirrhose qui le fatigue autant. Ca ne l'empêche pas de picoler. Ce constat me fait penser à Than, qui est enceinte de deux mois et qui s'envoie des 11.6, ce qui correspond au taux d'alcool de cette boisson casse patte. Je ne la juge pas, ça ne doit pas être évident pour elle. Elle a déjà 4 enfants. J'espère pour elle qu'elle n'aura pas un SAF (Syndrome d'Alcoolisation Fœtale). Ca donne des bébés dépendants, avec des dégâts physiologiques et mentaux. Ils ont une vague ressemblance avec les enfants atteints de progéria.

18:30 : je vais revenir à la charge pour virer Jf, quand je lui dis de partir, il répond oui, oui et il se rendort dans les 5 secondes qui suivent. Je ne veux pas me battre avec lui, c'est la vieille histoire du mur inébranlable attaqué par une force infinie (ou un truc du genre). Je ne sais pas lequel des deux je suis, mais ce qui est sûr, c'est que je suis toujours déterminé, il se lassera avant moi. Manquerait plus que Pp s'en mêle, ce serait catastrophique. Mais ne noircissons pas le tableau, un problème à la fois.

Le lendemain : Jf a fini par partir vers 19:00 hier, ce matin vers 9:30 il se repointe, je lui ai dit qu'il pouvait rester dormir jusque vers 12:00, mais ça ne va pas être le même cirque tous les jours. S'il remet ça demain, je ne lui ouvrirais pas. Et puis demain matin je vais au CSAPA, je ne serais de retour chez moi que vers 11:00. Si il dort dehors la nuit pour revenir squatter en journée, c'est qu'il n'a rien compris. Je comprends qu'il ai froid malgré le duvet et les trois couvertures que je lui ai donné, je lui laisse le temps de se réchauffer, de boire un café (alors qu'il a une bière ouverte ! Il en avait vraiment besoin de ce café)... En général, les alcoolo-dépendants ne prenne que leur bière, c'est tout ce qu'il leur faut et ils ne veulent rien d'autre.

Mais en bref, je n'apprécie pas qu'il revienne faire la sangsue. Le terme est inadéquat, il ne prend rien, mais sa présence me gêne, je voudrais être seul. Pouvoir écrire sans un concert de ronflements. Sans personne en fait. Je veux pouvoir retrouver mes habitudes de vieux célibataire sans tentations de cachets ou de je ne sais quoi. Chez moi, je suis à l’abri de tout ça, même s'il m'arrive d'avoir des cravings. Mais ça, ça passe avec un peu de patience et d'occupation. Je ne sors pas dans la rue pour pécho (acheter de la défonce), je ne suis pas demandeur, mais quand je voir Jf s'écrouler dans le sommeil en 10 secondes, ça me perturbe. Pp pique du nez de temps en temps, ça dépend des jours, il n'en est pas au point de JF. Loin de là.

J'ai dit à mon père que mon électricité allait être coupée, il n'a pas réagit, donc il ne m'aidera pas sur ce coup là.

Je ne sais pas exactement quand finit la trêve hivernale, c'est à ce moment là que le technicien passera pour me couper l'électricité. Je pense que ça correspond au changement de saison, donc le 21 ou le 22 mars. J'aurais mon salaire le 28 ou le 29, une semaine à tenir sans TV ni ordi, l'ennui pour toute compagnie, et l'envie de défonce qui va immanquablement avec. Féchier. Pour deux mois de retard et 55€ du, je trouve qu'ils abusent, ils auraient pu attendre deux semaines. Dés que ce sera payé, je change de fournisseur.

La mère de JF m'a téléphoné, elle ignore où son fils dort et je n'en sais pas plus qu'elle. Il lui a dit qu'il avait passé la nuit dernière sur un banc avec 5 cm de neige, je regarde dehors : pas un mm de neige. Il m'a dit, à moi, qu'il avait dormi dans l'escalier en bas de chez sa mère. Il raconte n'importe quoi en fonction des gens et des circonstances. Tout ce qu'il veut de sa mère, c'est de l'argent. C'est beau l'amour filial.