Un an
Ca va faire un an le 31 que je suis abstinent, mis à part une rechute de deux bières je ne sais plus quand. Une petite rechute en bref. Je la compte pour presque rien. Et puis cette date du 31/01/2011 est bien ancrée dans ma tête, parce que j’ai fait un sevrage à la dure, sans rien d’autre pour m’aider que de l’espéral (médicament qui rend malade si on boit, pour rappel) . Les 4 premiers jours m’ont marqué, craving permanent à regarder l’épicerie en bas de chez moi, ouverte de 7 heure du mat à 21 heure le soir, belle tentation. Dur dur. Je ne déteste pas les épiciers, mais ce sont tout de même des voleurs sans âme.
Cette année a été vraiment difficile les premiers temps, puis une fois que les envies d’alcool se sont espacées, les choses se sont nettement améliorées. Aujourd’hui je peux dire que ça va.
J’aurais passé pratiquement trente ans dans l’alcool, 30 ans de gâchés, à perdre presque tout. Quel gaspillage. Depuis les vols de vin chez mes parents, qui avaient mis sous clé les armoires à vin, quand j’avais 15 ans jusqu’aux années passées à boire des bières rituelles tous les soirs, assaisonnées de cachets, merci la médecine, j’aurais traversé toutes les étapes de l’alcoolo-dépendance. L’inverse des douze étapes chères aux alcooliques anonymes. Je ne les connais pas par cœur ces douze étapes. J’en connais certaines, c’est tout. Alcool-suicide et destructeur.
Depuis 2001, j’aurais fait quatre cures, dont trois uniquement pour l’alcool. Il y en a eu une en 2003 qui m’a permis de rester huit mois abstinent, huit beaux mois plein de rires, d’écriture, j’étais heureux. Il a fallu que je rechute. Je suis fortement sujet aux rechutes. Donc là, un an, je suis assez content. Pour une fois que je suis fier de quelque chose me concernant…
J’en rêve de ces cures, une en particulier qui s’était vraiment bien passée, j’avais fait un sevrage de la totale, alcool et méthadone, j’en ai chié pendant deux mois avant que le manque ne cesse. J’étais très motivé et j’avais un mental d’acier. Du point de vue relationnel, tout s’était bien déroulé, depuis l’encadrement jusqu’aux autres curistes, j’avais de bons rapports avec tout le monde. Aujourd’hui, neufs ans plus tard, je retraverse oniriquement cette époque bénie. Si j’ose dire, parce que le manque n’est pas béni du tout mais je parle en général…
François à fait sept cures, et la septième a été suivie d’une rechute, il a fait comme moi un sevrage à la dure à l’espéra chez lui, et aujourd’hui il est abstinent depuis huit ou neuf mois. Comme quoi… L’espéral s’est révélée une bonne béquille pour nous deux. Ceci dit, ça ne fait pas tout. Mais l’alcoolo-dépendance est une maladie, on ne guérit pas de la grippe parce qu’on le veut. Je dis ça parce que j’ai entendu je ne sais combien de fois qu’arrêter l’alcool est une question de volonté, eh bien non. C’est évident qu’il faut le vouloir, il faut être motivé mais ce n’est pas tout.
Quand ça devient une question de vie ou de mort, ça incite à décrocher, mais ça ne suffit toujours pas. Je connais un mec, Khalil, qui a une cirrhose et une hépatite C, mais qui ne peut s’empêcher de boire ses huit bières fortes par jours. Il risque un cancer, n’a pas bonne mine et son foie n’est pas en bon état, mais c’est plus fort que lui. Il a bien essayé d’arrêter, mais ça n’a pas marché. Au moins, il ne raille plus ceux qui font la démarche d’une cure, comme il l’a fait par le passé avec qu’il n’essaie d’arrêter tout seul. Parce qu’avant qu’il ne tente le sevrage, il critiquait et se moquait de ceux qui faisaient une cure et se plantaient. Maintenant, il comprend mieux la difficulté de la démarche. Par contre, il ne veut pas faire de cure. Bref.
Que votre journée soit remarquable et ravissante.
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